Voici un hommage sincère à l’un des couples royaux les plus aimés de l’histoire moderne : Leurs Majestés le Roi Bhumibol Adulyadej et la Reine Sirikit Kitiyakara.
Unis dans l’amour comme dans le devoir, ils ont consacré leur vie à la prospérité et au bonheur de leur peuple, laissant derrière eux l’exemple d’une union empreinte de compassion, de loyauté et d’humanité.
Le Roi Bhumibol et la Reine Sirikit de Thaïlande
Les origines et la rencontre
Bhumibol Adulyadej
Né le 5 décembre 1927 à Cambridge (Massachusetts, États-Unis), Bhumibol Adulyadej — ภูมิพลอดุลยเดช — est le seul souverain thaïlandais à être né hors du royaume. Son père, le prince Mahidol, étudiait alors la médecine à Harvard, et sa mère, la princesse Srinagarindra, incarnait déjà la bienveillance et la modernité.
Après l’abdication du Roi Prajadhipok (Rama VII) en 1935, la Thaïlande devint une monarchie constitutionnelle. Bhumibol Adulyadej grandit ensuite en Suisse, où il poursuivit des études d’ingénierie et de sciences politiques à Lausanne.
Il devint roi « de jure » le 9 juin 1946, après la mort tragique de son frère aîné, le roi Ananda Mahidol.
Lors de son couronnement, il prononça cette phrase restée célèbre :
« We shall reign with righteousness for the benefit and happiness of the Siamese people. »
Sirikit Kitiyakara
Sirikit, (Née Mom Rajawongse Sirikit Kitiyakara) née le 12 août 1932 à Bangkok, appartenait à une famille diplomatique et aristocratique. Son père, le prince Nakkhatra Mangkala Kitiyakara, était ambassadeur de Thaïlande en Europe, ce qui permit à la jeune Sirikit d’étudier en France et en Suisse, développant une passion pour les arts, la musique et la littérature.
Un amour naissant…
La rencontre entre Bhumibol Adulyadej et Sirikit Kitiyakara eut lieu en Europe à la fin des années 1940. Ce ne fut pas un coup de foudre, mais une affection grandissante nourrie par l’intelligence, la modestie et la sensibilité de la jeune femme.
Après un accident de voiture en Suisse, le roi fut soigné à Lausanne, où Sirikit Kitiyakara lui rendit souvent visite. Cette proximité scella leur relation.
Leurs fiançailles furent annoncées en 1949, et le mariage célébré le 28 avril 1950, quelques jours avant le couronnement du roi.
Sirikit et Bhumibol en Isan, le nord-est de la Thaïlande
Une union fondée sur le service
Dès leur accession au trône, leurs Majestés firent de leur règne une mission au service du peuple. Ce couple royal, profondément uni, transforma la monarchie thaïlandaise en une institution vivante, humaine et tournée vers le bien commun.
Sa Majesté le Roi comme Père de la nation
Sa Majesté Bhumibol Adulyadej lança plus de 4 500 projets de développement royal, touchant à tous les domaines : gestion de l’eau, agriculture, éducation, santé, environnement.
Il est à l’origine de la philosophie de l’économie de suffisance (Sufficiency Economy Philosophy – SEP), qui prône la modération, la responsabilité et la durabilité — un modèle salué par les Nations Unies.
Il inventa également la Royal Rainmaking Project, méthode d’ensemencement des nuages, et transforma des zones de culture d’opium en exploitations agricoles durables, notamment à Doi Tung et Mae Fah Luang.
Et la Reine à ses côtés
Et il va de soi que la Reine Sirikit Kitiyakara ne fut jamais simple spectatrice : elle accompagna son époux dans les campagnes, dialoguant avec les villageois, soutenant les femmes et les artisans.
En 1956, lorsque le Roi entra temporairement dans les ordres bouddhistes, elle assuma la régence du royaume, un fait rarissime et symbole de la confiance absolue qu’il lui portait.
En 1976, elle fonda la SUPPORT Foundation (Foundation for the Promotion of Supplementary Occupations and Related Techniques), offrant aux populations rurales des moyens de subsistance grâce à la soie, au tissage, à la broderie et à l’artisanat traditionnel.
Leurs passions et leur complicité
Leur amour dépassa les cérémonies officielles : il fut le socle de leur vie et de leur règne.
Le Roi, passionné de jazz, jouait du saxophone et composa plus d’une cinquantaine de morceaux, dont certains furent interprétés par des orchestres internationaux. Il aimait aussi la photographie, la peinture et la navigation.
Sa compagne, la Reine Sirikit, figure d’élégance et d’influence culturelle, fut surnommée « Asia’s Jackie Kennedy » pour sa prestance et son charisme lors des visites diplomatiques.
Dans leurs déplacements, ils partageaient les repas des villageois, s’asseyaient sur le sol pour écouter les plaintes et les espoirs du peuple. Cette proximité sincère fit d’eux un modèle de royauté moderne, inspirant respect et affection à travers toutes les générations.
Le Roi Bhumibol de Thaïlande, musicien et compositeur
Les temps forts d’un règne partagé
Le couronnement – 5 mai 1950
Le jeune couple incarne alors la renaissance d’un royaume. Leur image, diffusée à travers tout le pays, devient symbole d’espoir et d’unité.
Un roi médiateur et pacificateur
En 1973, il intervient pour mettre fin à la répression sanglante des étudiants en offrant refuge à des milliers d’entre eux dans le palais Chitralada.
En 1992, lors des manifestations de « Black May », il convoque à la télévision les deux camps opposés et, d’un simple appel à la paix, apaise une nation entière. Ces gestes historiques renforcent son rôle de guide moral.
Le développement rural et les projets royaux
Des montagnes du Nord aux plaines du Sud, le Roi et la Reine sillonnent le pays. Le Roi élabore des cartes, photographie les zones arides, prend des notes sur les besoins locaux.
Grâce à ses projets d’irrigation et de reforestation, des milliers de villages accèdent à l’eau, à l’éducation et à la sécurité alimentaire.
Le terme “Sufficiency Economy”, traduit en thaï par “เศรษฐกิจพอเพียง” (Setthakit Pho Phiang) est un concept philosophique que le roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX) a développé et enseigné à son peuple pendant des décennies.
🌾 Signification générale
Le Setthakit Pho Phiang peut se traduire par “l’économie de suffisance” ou “l’économie de la modération”.
Ce n’est pas un modèle économique au sens strict, mais une philosophie de vie fondée sur trois piliers :
La modération (ความพอประมาณ – khwam pho praman)
→ vivre sans excès, ni dans le manque, ni dans le luxe.
La raison (ความมีเหตุผล – khwam mi hetphon)
→ réfléchir avant d’agir, baser ses décisions sur des connaissances solides.
L’immunité (ภูมิคุ้มกันในตัวที่ดี – phum khum kan nai tua thi di)
→ se préparer à faire face aux crises économiques, sociales ou environnementales.
Ces principes doivent être guidés par la connaissance et la vertu, pour construire une société durable et équilibrée.
🌱 Application dans la société thaïlandaise
Sans relâche, le Roi Bhumibol Adulyadej a promu cette philosophie dans tous les domaines :
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Agriculture : encourager les paysans à diversifier leurs cultures et à viser l’autosuffisance plutôt que la monoculture orientée vers l’exportation.
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Économie locale : privilégier les circuits courts, les coopératives et les initiatives communautaires.
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Vie quotidienne : adopter un mode de vie simple, responsable, et respectueux de l’environnement.
Après la crise financière asiatique de 1997, le concept de Sirtakit Po Piang a été officiellement intégré dans les politiques nationales et enseigné dans les écoles, devenant un pilier du développement durable en Thaïlande.
Rayonnement culturel et diplomatique
Sous l’impulsion de la Reine, la soie thaïe devient une fierté nationale reconnue mondialement.
Elle restaure les arts traditionnels, soutient les musées et ateliers locaux, et porte la voix du royaume sur la scène internationale.
La reine Sirikit en Russie (attribution: kremlin.ru)
La Reine Sirikit accueillie à sa descente d’avion
La fin d’une ère
Le Roi Bhumibol Adulyadej – le Cœur de la Nation
Le 13 octobre 2016, la Thaïlande s’arrête. À 88 ans, le Roi bien-aimé s’éteint à Bangkok après 70 ans de règne.
Le pays tout entier entre en deuil : un an de silence, de fleurs blanches et de prières.
Les Thaïlandais se prosternent devant ses portraits, déposent des offrandes et racontent, souvent en larmes, comment il a transformé leur vie.
Ce souverain exceptionnel laisse derrière lui un héritage immense : des barrages, des écoles, des hôpitaux, mais surtout une philosophie de vie — celle de la modération, du courage et de l’amour pour autrui.
Le 5 décembre, jour de sa naissance, est aujourd’hui célébré comme la Journée du Roi et la fête des pères.
La Reine Sirikit – Mère de la Nation
Après le décès du Roi, la Reine Sirikit continue d’incarner la tendresse et la continuité du royaume.
Le 24 octobre 2025, à 93 ans, elle s’éteint paisiblement à Bangkok.
La nation, une fois encore, s’unit dans le deuil et la gratitude. Des millions de citoyens déposent fleurs et bougies en sa mémoire.
Pour le peuple, ce n’est pas seulement la Reine qu’on pleure, mais une mère aimante, protectrice, gardienne de la culture et de l’âme thaïlandaise.
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Pourquoi ils demeurent dans les cœurs ?
- Un amour exemplaire : un mariage de plus de 60 ans, symbole de fidélité et d’harmonie.
- Un engagement réel : une monarchie qui descend dans la boue des rizières, qui écoute, qui agit.
- Une union de la tradition et de la modernité : le roi visionnaire et la reine ambassadrice culturelle ont su conjuguer progrès et respect des racines.
- Un symbole d’unité : dans les crises, leur image fut le ciment du pays.
Signature du livre de condoléances pour le décès du Roi Bhumibol de Thaïlande
Hommage final et conclusion
À travers leur vie, Bhumibol Adulyadej et Sirikit Kitiyakara incarnent bien plus que les titres de roi et de reine : ils représentent la fidélité, la compassion, la sagesse et la foi dans la bonté humaine.
Leur règne fut une œuvre d’amour et de dévouement. Un pont entre la tradition et la modernité, entre la royauté et le peuple.
La noblesse véritable, nous rappellent-ils, ne se transmet pas par le sang, mais se mérite par le service et la droiture.
Leur amour discret mais indéfectible a traversé les décennies comme un fil d’or reliant leur vie publique et intime.
Aujourd’hui, alors que la Reine rejoint son bien-aimé, la Thaïlande tout entière s’incline dans une émotion silencieuse.
Les temples résonnent des prières, les drapeaux se baissent, et le peuple rend hommage à deux âmes unies à jamais — le Roi du peuple et la Mère de la Nation.
La disparition de Sa Majesté la Reine Sirikit marque la fin d’un chapitre sacré de l’histoire thaïlandaise, celui d’un couple royal qui a uni, guidé et inspiré la nation pendant plus de soixante-dix ans.
En signe de respect et de reconnaissance, le gouvernement royal de Thaïlande a décrété une période de deuil national d’un an. Cette tradition est profondément ancrée dans la culture du royaume, témoignant de l’amour et de la vénération portés à la Reine Mère.
Durant cette année de recueillement…
Les bâtiments publics arboreront les drapeaux en berne, et les fonctionnaires, militaires et membres de la famille royale seront tenus de revêtir des tenues noires ou blanches, symboles de pureté et de respect.
Les festivités nationales et locales seront observées avec retenue : les célébrations publiques, concerts et manifestations de joie laisseront place à des rites bouddhistes, hommages et prières collectives en mémoire de Sa Majesté.
Les écoles, les temples et les institutions rendront hommage à travers des expositions, lectures et cérémonies rappelant son œuvre et son dévouement.
Ce deuil ne sera pas une période de silence triste, mais un moment d’unité et de gratitude, une invitation à méditer sur les valeurs que la Reine et le Roi ont incarnées : la simplicité, la compassion, la générosité et l’amour du pays.
Ainsi, dans la sobriété des prochains mois, la Thaïlande continuera de faire vivre leur héritage — non par les festivités, mais par la dignité, le respect et la bienveillance qu’ils ont eux-mêmes toujours manifestés.
Lorsque cette année s’achèvera, les drapeaux se lèveront à nouveau, mais leurs visages, leurs œuvres et leurs idéaux resteront présents dans chaque cœur thaïlandais.
Le deuil prendra fin, mais la gratitude, elle, sera éternelle.
Puisse leur mémoire continuer d’inspirer.
Hommage écrit par Murielle Earthspirit

