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Couleurs et contrastes en Inde du sud et après le voyage?

Couleurs Et Contrastes En Inde Du Sud Et Après Le Voyage?

Couleurs et contrastes en Inde du sud et après le voyage?

Mais encore?

Le 15 juillet

Cela fait trois semaines que je suis rentrée. Je relis mon carnet de voyage/documentaire, je peaufine une introduction pour expliquer la genèse de ce petit tour en Inde et je décide de conclure. Le retour et la reprise du travail ? Tout s’est bien passé. Des projets ?

Tous me demandent si « l’atterrissage » n’est pas trop difficile : Et bien non. Je suis ravie de revoir les miens et j’ai tellement à raconter que cela me ramène à cet excellent souvenir. Le temps passe vite, plus vite qu’en Inde où chaque minute représentait une minute et non pas une course poursuite de multiples tâches à accomplir. Enfin, c’est le propre de toutes vacances. Pas de stress, ralentir la cadence et prendre le temps de la découverte et du repos. J’ai pu vivre au jour le jour un temps qui était le temps qui passe et non pas celui qui file et dont on ne se rend plus compte qu’il est précieux.

Tous me demandent ce que cela a changé pour moi : J’ai moins de travail en ce moment donc je profite encore de l’énergie accumulée durant le voyage. Quant à mon état d’esprit, il n’est que renforcé par rapport à tout ce qui était déjà présent en moi. Les incohérences de notre système qui débordent et envahissent tout pays en voie de développement, les disparités, les injustices… mais vécus là-bas différemment avec plus d’acceptation, d’abnégation, de fatalité… je ne sais comment le nommer. Je reconnais encore plus que nous sommes des enfants gâtés et que nous exagérons dans nos comportements. Quelle chance aussi d’être née femme en France.

Un zest de Carole/Agnès et de bonnes lectures. Un bon état d’esprit et une bonne énergie… le souhait d’être en lien le plus possible avec eux et le cocktail était idéal. C’est un pays choquant mais tellement attachant.

Tous en redemandent : Je prends donc de nouveau ma plume à l’encre de mon clavier. Le point final n’est pas. Le « voilà c’est fini » est chanté à « l’infini » de mes pensées comme pour ne pas y mettre un terme. Ce sera pour plus tard. L’Inde, encore l’Inde et le non résolu de mes questionnements…

Cela donne cette réflexion 

Nous les occidentaux, nous passons pour « les vieux de la vieille », ceux « qui » ont bien « évolués, progressés », ceux « qui » pourraient montrer l’exemple ! Comme des grands frères, des bons guides, des sages, des adultes raisonnables, ceux « qui » ont déjà vécus et qui pourraient faire profiter les autres de leurs expériences… Bref, les indiens, eux, émergent, se réveillent et s’engouffrent à vive allure dans notre sillon où « Reine modernité » et « Roi consumérisme » sont au pouvoir. Leur développement économique et social a sans doute été freiné par la vastitude de leur espace, le nombre d’habitants (plus d’un milliard) et les « passages abusifs » des uns et des autres qui venaient se servir. Les indiens veulent maintenant leur revanche et leur heure de gloire.

Qui étaient les envahisseurs, ceux « qui » n’étaient pas venus qu’en touristes ? Il y avait les voisins musulmans et les autres, venant d’ici, de là, d’ailleurs, d’autres continents et de tout temps. Ils ne faisaient pas que passer, ils s’installaient pour des raisons stratégiques, commerciales et aussi militaires. Ils organisaient leur civilisation, leur culture, leur religion. Ils ont parfois (souvent) pillé l’Inde et ses richesses.

De notre côté, en Occident, en France, nous avons mis « X » révolutions à devenir ce que nous sommes. Les indiens, goulument, frustrés d’être les derniers, vont nous rattraper en un rien de temps mais garderont-ils leur spécifici, leur authentici, leur unici, leur multiplicité, leur originali,…? Et puis, si c’est pour faire les mêmes erreurs que nous !!!

Plus de la moitié de la population indienne est âgée de moins de trente cinq ans. Un potentiel immense pour l’avenir. Ils ont l’air de s’adapter à notre modèle occidental et même de vouloir le copier. J’espère qu’ils vont prendre conscience que ce modèle n’est pas forcément celui à suivre. Nous vivons, ici et maintenant, nos limites. Le contexte socio-économique de notre société, la pollution et les écarts creusés sont de plus en plus éloquents. Et je ne parle pas des mécanismes virtuels de la finance qui font la pluie et le beau temps.

Nous surfons sur un tsunami en permanence. « L’interdépendance » entre les uns et les autres, si précieuse aux bouddhistes, n’a jamais été aussi manifestée. Mais pas dans le bon sens. J’ai l’impression que nous n’en vivons que les aspects négatifs. Un grain de sable dans le rouage et c’est la panique générale. Alors que la Vie nous enseigne que nous sommes co-acteurs pour co-habiter et co-opérer et non pour nous engager dans une lutte pour la survie du « chacun pour soi ». Qu’est-ce que le « Soi » s’il n’est pas inscrit dans un continuum où l’universalité de toutes nos consciences agirait vers la libération de nos désirs de pouvoirs, de suprématie, de conquêtes… d’argent… Vaste programme utopique. Il faut bien commencer un jour par en rêver de ce monde idéal de partage et de développement durable.

Inde, quel est ce pays fait de toutes ces invasions, si différent, aux cent langues et où toutes les religions ont pu nicher ? Est-ce l’Eldorado Interculturel prometteur d’une paix mondiale future ou le miroir de notre société bataillant dans ses luttes de pouvoir ?

L’Inde est un mystère pour moi comme pour tant d’autres. Elle attire comme elle repousse. Je suis aimantée.

Couleurs et contrastes en Inde du sud et après le voyage?

A peine revenue de ce voyage, je n’arrive pas à en sortir. Sans doute parce que je ne m’étais pas préparée à y aller. Pas prête ! Démunie ! Je ne connais rien de ce pays, peu de choses de son histoire et j’en reviens en point d’interrogation ! Je suis partie en plongeant dans cet inconnu. Confiante et Naïve.

De la même manière, il y a 22 ans, j’avais sauté en chute libre à 3 500 m d’altitude sans guère plus de préparation. Je n’avais pas réussi à ouvrir mon parachute (c’était l’ivresse de l’air !). Merci mon ami moniteur de l’avoir ouvert. Je t’avais promis un autre saut pour te prouver ma capacité d’autonomie. Promesse non tenue. D’autres priorités. Ma vie à construire. Tu es mort depuis. Le saut de l’ange, le dernier. Et Personne pour ouvrir ton parachute. Toi, le Héros.

L’Inde est mon nouveau saut en parachute. Cette chute libre, je te la dédie. 22 ans après, le même frisson de l’aventure. Les rencontres, l’expérience, la vie, ses joies et ses aléas. Maintenant, je sais voler toute seule. Quand l’oiseau quitte son nid…

A chaque instant, cette Inde inachevée tape à ma porte. Que n’y ai-je pas compris, y-a-t-il quelque chose à comprendre ? Est-ce le choc de mes questionnements intérieurs qui se bousculent ? L’Inde est mon réservoir à idées. L’Inde est mon lieu de réflexion. Miroir aux alouettes ou le lieu de ma Quête ?

Un rien de préparation et mes yeux auraient scruté différemment, mon cerveau aurait connecté différemment. Mais je n’ai pas de regret, il est encore temps de tisser la toile de ma compréhension. Je suis partie aventurière et crédule, je retournerai avertie et aux aguets. Nourrie de ce savoir pour mieux entendre ce que l’Inde a à me dire.

Ici, lui, elle, eux, beaucoup de témoignages, tous m’ont dit : on n’en revient pas indemne. On en revient chamboulé. Ivresse de l’Inde ? J’avais connu celle de l’air. Même sensation délicieuse d’être en apesanteur, le regard étonné et scrutateur. Où vais-je me poser ?

On me demande même à mon retour si je ne suis pas malade. Mes intestins ? Tout ok. Ma tête, alouette ! Tout ok. Le choc des cultures ? On peut dire ça. Cela me fait bien rire. C’est ça alors l’ivresse ressentie ? Certains m’ont mis en garde de toutes sortes de périls dont le « syndrome des grands voyages » ou plutôt « le syndrome de l’Inde ».

L’Inde enchante, mais peut aussi déstabiliser. Le syndrome de l’Inde touche apparemment un nombre important de voyageurs occidentaux. Car c’est un pays où se rencontrent les extrêmes. Je vous ai déjà parlé du pire et du meilleur. Tout en excès. C’est une terre mythique où la mort côtoie le quotidien des vivants. Partout à chaque coin de rue, elle rôde. Elle est là, elle fait partie de l’ambiance. Elle fait partie de la vie. Elle est à l’affut de sa proie dans l’indifférence quasi générale. L’Inde est une destination qui peut devenir errance… Depuis toujours, les légendes encouragent cette quête spirituelle qui n’existe nulle part ailleurs, cette recherche intérieure insensée et cette part de vérité absolue jamais atteinte, trop idéalisée. Fragilisé par la perte des repères sécurisants d’une vie bien cadrée, il est possible de tomber dans une sorte de dépression. Tous nos repères sont percutés de plein fouet par cette immense terre fantasmée. Car, c’est bien en « terre inconnue » que nous sommes et même le sourire légendaire, le regard bienveillant et l’attitude accueillante de l’indien ne suffit pas toujours à faire passer la pilule du miséralisme et de la saleté. Déboussolé, magnétisé par une singulière et puissante énergie mystique, il y a de quoi ne plus être branché sur la même fréquence et comme on dit communément « péter les plombs ». Crises « extasiques » ?

Se sentir investi d’une mission divine ? Amnésie ? … Bouffées délirantes, crises de paranoïa durant plusieurs mois, angoisse profonde, état dépressif aigu… Et tout ceci est reconnu par la médecine. C’est pour dire ! L’Inde chantant ses mantras monocordes, hypnotise. Tel le charmeur de serpent avec le cobra.

Ce syndrome semble toucher des personnes qui retrouvent la normalité aussitôt rentrée en France. Enfin, pas toutes, il y a deux ans, j’ai rencontré une femme dont le mari avait disjoncté à leur retour. Trop de chocs, de contrastes lui ont fait perdre la raison. Il ne reconnaissait rien ni personne. Je ne sais si cela a fini par passer.

Comment interpréter ces soudaines crises qui surgissent sans prévenir au bout de plusieurs semaines d’un séjour en Inde ? Pourquoi certains sont plus sensibles que d’autres ? Ils n’ont pas supporté le choc de la découverte d’une culture trop différente de la leur. N’aurai-je alors pas vu le pire ? Ne suis-je pas restée assez longtemps ? Je pense que la présence d’Agnès a joué comme un antidote au stress et au brusque changement. Elle était tellement à l’aise. Je n’ai jamais ressenti de malaise au point de vouloir quitter ce pays. Tout me paraissait tellement incroyable mais tellement EUX, je ne me suis pas confondue. C’était tellement étrange et j’ai décidé d’emblée d’accepter tout ce que je voyais, le pire comme le meilleur. Fatalisme et mise à distance : la juste dose, juste ce qu’il faut pour en profiter sans s’y noyer, sans s’y perdre, en gardant le sens des réalités.

J’aurai souhaité détenir le pouvoir (magique) de les extirper de leur misère. Je n’ai pas ce pouvoir… je ne suis pas Dieu… que fait-il notre idole millénaire indétrônable ? Est-il UN, est-il leurs divinités, s’incarne-t-il dans toutes ces déités ? Doit-on continuer à se battre pour la reconnaissance de notre propre Dieu alors que l’Inde nous montre un possible mélange des religions même s’il existe des tensions, des récupérations pour jeter le trouble. De tout temps, l’Inde a accueilli et n’a jamais condamné la différence. Belle leçon ! Beau modèle que le Dalaï Lama met en avant et il se donne pour mission, en tant que guide spirituel, de convaincre chaque nation de l’urgence de cette cohabitation et d’arrêter de se servir de nos différences religieuses comme alibi à la guerre, l’intolérance, la violence et la destruction. Il y a de la place pour tous et tous les courants religieux sont à respecter. Se respectent-ils eux-mêmes et les écrits sacrés sont-ils compris comme ils devraient être compris ou sont-ils traduits par une minorité qui détient le pouvoir grâce aux menaces d’une vengeance divine ?

Je réfléchis, pour preuve que j’ai toute ma tête et mon cerveau en ébullition : Inde inquiétante, surprenante, si vaste, aux antipodes de nos coutumes, valeurs, croyances. Oui, on peut en revenir malade. De cette maladie qui s’appelle la curiosité et de cette autre qui s’appelle « c’est décidé je repars « . C’est contagieux ? Oh que oui ! Je vous le parie.

Suis-je différente ou est-ce que je suis Moi parce que l’Inde Est authentique. Elle est le cœur et l’âme. Elle est l’Homme parce qu’elle représente le bien et le mal, l’ombre et la lumière. Elle nous représente sans fioritures ni complaisances. Oui, le pire comme le meilleur de l’humanité. Pauvre Inde mais comme pauvre France, comme pauvre Monde !

Je décide de sortir de ce voyage en grattant mes souvenirs, mes sensations, mes joies et mes peines. Je me regarde dans ce kaléidoscope pour réunir toutes les parties de moi en point d’exclamation. Mon âme et mon cœur morcelés de ce vécu brut et cruel. Résoudre ce « à quoi bon » qui me colle à la peau depuis mon retour et me dire  » non, je ne renoncerai pas ». Je crois en Nous.

Le chantier humanitaire « de la vie qui se vit et non qui se subit ». Pauvre de nous si nous baissons les bras. Je crois en Vous.

L’Inde, pays mythique, mystique et mystérieux. Déesse Ancestrale et pourtant à l’orée de sa Lumière, s’ouvre à elle le choix de la décadence et du déclin matérialiste ou le challenge de la conscience collective appuyée sur notre « exemple à ne pas suivre ». Je crois en Eux.

J’ai observé et ce que j’ai vu Est ce que je Suis. Ce que nous sommes.

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