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Troisième partie : Voyage en Inde du sud du 5 juin au 7 juin 2017

Le 5 juin

Réveil à 5 h. Le taxi est bien à l’heure. Nous quittons Palolem pour la gare de Madgaon. Environ 1h de route. Le taxi est confortable. C’est une voiture récente. Nous devons prendre le train pour partir à Mysore.

La gare est aussi incroyablement sale que les autres. Il y a tant d’hommes. Nous ne comprenons pas tout. On se dirige sur le quai indiqué par un employé. Ils ne font pas beaucoup d’effort ici pour nous guider. Il nous annonce déjà une heure de retard. Nous partirons 1 h 30 plus tard.

J’ai le temps d’observer le déchargement des trains. Des hommes traversent les voies jonchées de détritus. Ils sont chargés comme des mulets. Des enfants mendient. Des clopins vont clopant. Couleur, saleté, odeur… Tout est incroyable. Je n’en perds pas une miette. Les enfants mendient. Agnès donne quelques rondelles de banane séchée.

Nous demandons régulièrement si c’est le bon train. Enfin c’est Agnès qui se renseigne. Elle me dit que les trains sont les mêmes qu’il y a 20 ans. Un inconfort total. Une crasse inimaginable.

Changement de quai en 4ème vitesse, nous sommes chargées de nos sacs à dos qui se font lourds. Heureusement un jeune homme nous indique le bon quai sinon nous rations le train tant attendu. Ouf, nous allons bien à Mangalore. C’est sportif !
Nous avons si mal dormi. Des jeunes dans la chambre en face ont été très bruyants jusqu’à tard. Ils se sont tus avec l’arrivée de la pluie toute aussi bruyante.

Reste à trouver notre place. Agnès, forte de ses anciennes expériences de voyage et sûre de la fâcheuse manie qu’ont les indiens de s’installer quoiqu’il arrive et à n’importe quel prix, pense que l’indien qui sied à notre numéro est un imposteur. Elle lui demande fermement de se déplacer. Sauf que… Oups, mille excuses monsieur. Dans la précipitation, nous nous sommes trompées de wagon. On nous indique le suivant. Nous sommes mal à l’aise. Il n’y a que des hommes et là nous nous sommes bien fait remarquées.

Enfin, il semble que là nous soyons à notre place. Au moins 6 heures de voyage. Pas question de pause pipi. Les wc sont inapprochables. Bigre ! Si, ils le sont pour Agnès moins chochotte que moi.

Il n’y a que des hommes dans le wagon. Je mets le nez dans mon livre. Ils nous regardent comme des bêtes curieuses. Mais tous sont courtois. Nous nous faisons discrètes.

Aussitôt sorties du train, nous prenons un rickshaw pour aller à la gare d’autocar. Il roule à vive allure et slalom entre les voitures et les bus. Impressionnant et tape-cul. Il a beaucoup plu et tout est véritablement boueux. Nous n’aurions pas pu sortir de la gare à pied. Agnès, toujours aussi dure en affaire négocie sans cesse le prix des rickshaws. 200 roupies ? « Non monsieur pas question ».

Zut, il nous laisse à nos sacs à dos et notre air perdu.

Agnès fait la même demande au suivant mais la consigne est donnée, aucun rickshaw ne cèdera en dessous de 200 roupies. Nous avons un peu le sentiment d’être prises en otage. Difficile de se rendre compte si c’est justifié ou non car nous ne connaissons pas la distance à parcourir. Par contre, 200 roupies ce n’est vraiment pas une somme importante (à peine 4 €) donc nous ne sommes pas abusées d’une manière honteuse.

C’est le jeu. Tout est plus cher pour les touristes même les entrées de musées, de temples et autres lieux de visite. Notre niveau de richesse est connu et il est difficile de se faire passer pour des touristes sans le sou. Je n’essaie même pas d’ailleurs. Pour moi, c’est une manière de participer à l’entretien de ces lieux et de permettre surtout aux moins nantis et aux étudiants de pouvoir avoir accès à cette culture aussi.

Quant aux chauffeurs de rickshaw, ce ne sont pas les indiens qui sont le plus dans le besoin mais c’est difficile de leur reprocher de tenter de mieux gagner sur une commission. Les prix ne sont pas affichés et nous sommes tributaires de leur décision. Certains cèdent aux négociations d’Agnès, d’autres pas.

Nous finissons par arriver à la gare routière à temps pour sauter dans un autocar. Mangalore ne donne pas envie de s’attarder. Direction Mysore. Mais avec tous ces retards nous n’aurons pas vu le palais éclairé. Nous arriverons trop tard.

Arrivée vers 22h. Hôtel passable. Nous changerons demain. Nous sommes trop fatiguées pour prendre cette décision tout de suite. Rencontre avec un sympathique chauffeur de rickshaw. Il vient nous chercher demain matin pour une visite guidée. C’est décidé.
Il est minuit et demi. Il est temps de dormir. La journée a été longue.

Le 6 juin

Notre rickshaw nous attend. Nous changeons d’hôtel. Chambre trop sale, trop exiguë, trop bruyante. Mauvais plan de choisir une chambre à moins de 500 roupies. Soit environ 10 €. Le chauffeur du rickshaw rencontré la veille, nous amène à un hôtel beaucoup plus luxueux. 850 roupies la nuit.

A deux c’est franchement abordable. Enfin du confort. Et le wifi gratuit. Et une vraie salle de bain… C’est cool. Nous n’avons plus 20 ans. Cela m’amuse et Agnès le reconnait.

Je pense qu’elle réalise qu’elle ne peut plus voyager comme avant. Avec l’âge, les sacs à dos sont plus lourds, les matelas plus durs et les douches plus froides. (D’ailleurs nous n’avons toujours pas d’eau chaude). Je la rassure, mais c’est effectivement un exploit de voyager ainsi, nous n’avons croisés que des jeunes étrangers jusqu’à présent.

En tout cas, nous avons besoin de nous reposer un peu mieux. Aujourd’hui nous visitons Mysore en compagnie de notre chauffeur sympathique. Hier soir, il nous a promené gratuitement autour du palais. Il nous demande 300 roupies pour la journée. C’est plus que raisonnable.

Première visite dans un temple. Il y a foule. Il pleut mais au moins nous n’avons pas trop chaud. Nous quittons nos chaussures. Il faudra payer pour les récupérer. Nous entrons dans le temple les uns derrières les autres. Nous sommes bousculées. Je sens une forte dévotion chez tous ces fidèles. Le rite est rapide.

Passage étroit jusqu’au moine. Ils ne sont pas bouddhistes. Certains font des offrandes de nourriture. Tous donnent de l’argent. Les moines sont bien gras, eux !

Nous suivons la procession très rapide. Trop rapide. Bénédiction à la chaîne. Il y a tant de monde. Je passe au milieu, pieds nus. Le sol est mouillé. Pas le temps de voir quoique se soit. Du business ??? Le temple est tout petit. Nous sortons. Tous ces pauvres gens y croient.

Je longe un mur où chacun se prosterne encore et encore. Je sens une énergie assez particulière à cet endroit. Je pense que c’est un lieu vibratoirement puissant. Enfin difficile à expliquer. Mais c’est une sensation puissante.

Le plus difficile c’est de faire face aux vieillards et aux estropiés. Je n’ai jamais de monnaie sur moi et je le regrette. Je ferai mieux dorénavant. Ils sont seuls au monde. Les moines n’aident pas. Chacun pour soi. Les moins pauvres donnent au plus pauvres. Enfin, il me semble mais ce n’est pas systématique. Il y a beaucoup d’indifférence.

La pluie cesse. Ouf, c’est une belle journée. Notre chauffeur est top. Nouvel arrêt auprès d’une statue de vache géante. Et visite chez un « méditant » dans une minuscule grotte pourtant carreler. Atypique. Des offrandes. Nous sommes sur les hauteurs de Mysore. Vue imprenable sur la ville.

Visite d’un ancien palais transformé en hôtel de luxe. Un majestueux éléphant de bois trône dans l’entrée. C’est magnifique. J’imagine sans peine le faste de cette famille royale déchue. Quel contraste avec la vie qui n’est que survie à l’extérieur. Dorures et beaux tissus…

Nous visitons aussi l’ancien palais du maharadja de Mysore. Visite de jour, et aussi plus tard à la nuit tombée, des jardins avec un spectacle « sons et lumières » bien kitch. Notre chauffeur a insisté. Les indiens sont très « bling bling ». Nous moins, le spectacle n’est pas spectaculaire et bien sûr nous ne comprenons rien. Nous ne resterons pas jusqu’à la fin.

Ils adorent tout éclairer de multiples guirlandes. Les voitures et les rickshaws sont très frimes. Mais d’un autre temps. C’est un style là aussi !

Nous visitons quelques magasins de soierie. C’est encore le principe de la prise en otage. L’air de rien, le chauffeur de rickshaw étant « backchichté » s’il amène des touristes, nous dépose entre deux visites de monuments, dans des boutiques. Nous rencontrons un fabriquant d’encens qui vend aussi des huiles au parfum paradisiaque. Ma passion. Mais je suis limitée par mon sac à dos. Cela limite donc aussi mes achats.

Je tente toujours de me faire à leur conduite. Ni à gauche ni à droite mais où c’est possible et très vite. Ils sont tous pressés.
Beaucoup plus de femmes ici. Sauf le soir. Nous sortons en toute sécurité. La nuit tombe tôt et la vie des marchés continuent jusqu’à tard. Rues secondaires mal éclairées, trottoirs défoncés, du monde encore et toujours. Nous nous faufilons tant bien que mal. Les grands magasins sont clinquants. Il y a beaucoup d’hôtel très luxueux. Le tourisme doit être une manne à la haute saison.

Peu de touriste à cette saison. Nous devons être les seules « blondes » voire les seules « blanches ». Non, nous en avons aperçues deux autres. Nous avons toujours autant de succès. Nous posons bien volontiers. Les stars en voguent ne sont pas à Canne cette année.

Ah oui, il y a eu aussi cette magnifique cathédrale. Ou église. Les clochers sont très hauts. Vestige de la présence catholique des portugais ?

Et la mosquée blanche et verte est très belle. Le rickshaw passe trop rapidement pas le temps d’une photo.
Les étudiants sont en uniformes. Vestige de la tradition british.

Les femmes sont toutes vêtues en sari aux teintes vives. Les hommes ne pas autant traditionnels. Pantalon et chemise sont de mises.

Le 7 juin

Nous voilà parties pour la réserve d’animaux de Bandipur. A deux heures de Mysore en autobus.

Nous apprenons en arrivant à la réserve que le prochain safari bus ne partirait qu’à 16 heures. Il est 13 heures. Nous décidons alors de prendre une jeep. Le départ est prévu à 15 heures. Nous avons le temps de sympathiser avec quelques singes et d’aller manger.

La région semble très fertile. Il y a beaucoup de cocotiers et des plantations de thé. Je croise comme à Mysore quelques tracteurs flambants neufs. Et quelques maisons récentes et non délabrées. Il y a aussi un bon nombre d’écoles sur notre route. Les filles ont visiblement accès à ces écoles. C’est peut-être la génération qui fera changer le cours de la condition de la femme en Inde.

Je pense que le pays est en plein essor. La classe moyenne a l’air de s’en sortir. Enfin tout est relatif par rapport à nous.
Les plus pauvres sont dans la rue et les bidonvilles. Je n’ai pas vu de vieilles femmes mendier. Où sont-elles ?

Le plus difficile, c’est de sortir de l’hôtel et de plonger de bon matin dans la foule. Après c’est cool, je prends l’habitude et je ne lâche pas Agnès d’une semelle. Il est important de partir en voyage avec une Agnès dans ses bagages. Elle retombe toujours sur ses pattes.

Je me laisse guider mais je contrôle toujours un peu quand même. Il vaut parfois mieux deux avis qu’un seul.
Les gens sont adorables. Je suis sous le charme de leur accueil et de leur gentillesse. Tout le monde prend soin de nous. Il suffit de les comprendre avec leur anglais mâchouillé. Vive Agnès et son anglais indien. Enfin, mon oreille s’habitue et je comprends beaucoup mieux.

Quelle visite superbe. Nous passons tout l’après-midi à traverser cette jungle dense et semblant inhabitée. Ils doivent faire la sieste. Nous verrons les éléphants, les buffles, les bisons, les paons… au retour. En attendant notre guide nous conduit sur les hauteurs où se trouve un minuscule temple coloré. La jungle méli-mélo laisse place à de beaux paysages montagneux. Ce petit temple coloré domine ce paysage pur et calme.

Le sol est peint de symboles. Paysages montagneux à perte de vue. Les montagnes et le grand air. Loin de l’ambiance bruyante des villes, nous nous ressourçons. Pas de bousculades ni de Klaxons. Repos total. Le guide nous parle de la nature, des différentes essences d’arbres, des ours noirs très dangereux…

Nous n’avons pas croisé de tigres. Nous ne les intéressons sans doute pas. Quelques éléphants et singes à portée de mains. Méfiance ! Ils sont sauvages. Nous sommes chargés brusquement par une maman éléphant qui a peur d’un inconscient sorti de son véhicule à quelques mètres du nôtre. Mon cœur s’est arrêté de battre. Elle renonce. Ouf !

Le guide qui avait arrêté le moteur de la jeep à cause de son bruit l’a remis en route immédiatement au moment de la charge et a avancé de quelques mètres. Il a eu chaud aussi. Nous en avons ri après. Le moteur ne cessera plus de tourner (si besoin d’un nouveau démarrage urgentissime).

La peur a décuplé ma faculté à comprendre l’anglais et je saisissais tout ce que me disait le guide encore tout chamboulé lui aussi de cette charge. C’est effectivement très dangereux et il faut être prudent avec nos amis éléphants imprévisibles.

C’est fantastique de les approcher ainsi. Ils sont majestueux. Nous passons un long moment à les observer. Ils vont par deux. Maman et son petit ou mâle et femelle. Agnès m’apprend alors le temps de gestation d’un éléphant.

Je n’y crois pas, cela me semble tellement énorme. A la mesure de leur taille : 20 à 22 mois. Elle vérifiera pour me convaincre. (Non, nous ne jouons pas au Trivial Poursuit). Je soutenais environ 14 à 15 mois. Je ne pouvais pas imaginer une telle chose. Et quand je pense à la maltraitance de ces belles de la jungle.

Et le temps qu’il faut pour mettre au monde un petit qui sera peut être abattu par un tireur sans scrupules… le braconnage est toujours un souci majeur j’imagine, en Inde comme en Afrique, et la maltraitance des éléphants pour les faire travailler est sans doute aussi de mise à l’heure actuelle. Je n’ai pas envie de me renseigner.

La misère humaine que nous côtoyons au quotidien me suffit. Je prends de la distance avec ces réflexions de la même manière que je prends de la distance avec les chiens errants. Je suis obligée de cloisonner mes émotions pour me protéger.
Nous rentrons sur Mysore.

La suite du voyage : Couleurs et contrastes en Inde du sud quatrième partie